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Témoignage : Sophie de @aurevoir.podcast

Bonjour à tou·te·s,

Je m’appelle Sophie et si un jour vous me croisez dans la rue, vous me verrez peut-être avec mes jumelles de deux ans dans leur poussette double. Mes jumelles qui sont en train de crier, de se battre pour un gâteau ou de faire des sourires à toutes les personnes qui les regarderont.

Car je vous jure, faites le test : promenez-vous avec une poussette double et vous attirerez automatiquement le regard de 90 % des passants ! Il y a quelques semaines, j’étais dans la rue avec mes enfants lorsqu’une femme joviale et sympathique s’est arrêtée pour les regarder. On a commencé à parler. Et là, elle me dit : « Vous en avez de la chance : une grossesse, deux enfants ! Même pas besoin de retomber enceinte ! » Je lui ai fait un grand sourire et je suis partie. 


Ce qu’elle avait vu, c’était une femme d’une trentaine d’années - moi - et deux petites filles visiblement en pleine forme. Mais ce qu’elle a vu, ce n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Quatorze mois avant l’arrivée de mes jumelles, j’ai en effet accouché d’une petite fille. Une petite fille qui est décédée et née en décembre 2017.

Avec mon mari, nous avons donc traversé ce qui s’appelle un deuil périnatal.

Un deuil périnatal, c’est lorsque la mort entoure littéralement la naissance, et par extension intervient pendant la grossesse, l’accouchement ou quelque temps après la venue au monde de l’enfant.

Perdre un bébé qu’on n’a pas connu vivant ou que l’on a peu connu, c’est un deuil et c’est même plus que ça : c’est une déflagration, un tsunami, un séisme. C’est d’une violence sans nom tellement cela semble illogique, anormal. Ça ne devrait pas exister et pourtant, cela existe. 


Dans la tête de certaines personnes, c’est quelque chose qui arrivait il y a 100 ans, quand la médecine n’était pas encore ce qu’elle était, que les échographies n’existaient pas, que les femmes enceintes n’étaient pas bien accompagnées.

Mais non, cela concerne encore énormément de monde : tous les ans, en France, on estime qu’il y a environ 7 000 familles qui sont touchées par un deuil périnatal, que celui-ci intervienne suite à une fausse couche considérée comme tardive, une interruption médicale de grossesse, une mort fœtale in utero ou un décès après la naissance.

Toutefois, ce chiffre est sans doute sous-estimé car il ne semble prendre en compte que les cas de figures qui correspondent à la définition de l’Organisation mondiale de la santé : selon l’OMS, on parle de deuil périnatal lorsque la mort de l’enfant survient à partir de 22 semaines d’aménorrhées ou lorsqu’il décède dans ses sept premiers jours de vie.

Malgré tout, c’est bien un deuil que vivent beaucoup de parents, même si la grossesse s’arrête plus tôt : bien sûr, perdre un bébé à 3 mois de grossesse ou à 9 mois ne représente pas les mêmes enjeux et ces deux situations sont différentes en bien des points.

Mais il ne faut pas oublier que ce n’est pas le terme de la grossesse qui détermine le niveau d’attachement que l’on a envers son bébé ni le niveau de tristesse que l’on va ressentir ensuite.

Oui, on peut être dévasté si l’on perd un bébé au premier trimestre de grossesse : là où certaines personnes, non concernées, n’y verront qu’une « banale fausse couche » - environ 200 000 par an en France si l’on en croit les chiffres qui circulent dans les médias - certaines femmes et certains hommes y verront un arrêt brutal de leur projet de parentalité.

C’est d’une violence sans nom.

Car ce projet de bébé, il a peut-être mis des mois, des années à déboucher sur un test de grossesse positif.

Et ensuite, il faut du temps pour se reconstruire.


Il y a bientôt quatre ans, je suis donc tombée enceinte.

Ma première grossesse. C’était - presque - un rêve éveillé.

J’étais plutôt bien sensibilisée aux fausses couches et je savais que tout pouvait s’arrêter brutalement du jour au lendemain durant les premières semaines.

Bien sûr, cela aurait été très dur, psychologiquement et physiquement, que ma grossesse s'arrête au premier trimestre mais j’étais au courant que ça arrivait.

Le savoir, c’est déjà énorme. Si j’insiste là-dessus, c’est parce que je n’étais au contraire pas du tout sensibilisée au fait qu’une grossesse pouvait s'interrompre ensuite.

Dans mon esprit, cela n’arrivait qu’aux autres, c’était très nébuleux.

L’expression deuil périnatal, je ne la connaissais pas. 


La première échographie se passe très bien. Est-ce que je commence seulement à me projeter une fois la première écho passée ? Non. Des projets et des projections, j’en ai déjà depuis le moment où nous avons décidé d’avoir des enfants. Lorsque je suis tombée enceinte, dès le début, ces projections se sont multipliées.

On peut vouloir se protéger, mais c’est un fait : je n’y pensais pas toute la journée mais j’étais enceinte, je ressentais les effets de la grossesse et nous allions avoir un bébé.

Quelques semaines plus tard, nous apprenons que nous allons accueillir une petite fille. Cette fois-ci, nous réfléchissons au prénom, je la sens bouger. Cela devient très concret.   


Mais à l’échographie du deuxième trimestre, tout s’écroule. Ça, je ne m’y attendais pas. S’ensuivent de nombreux rendez-vous médicaux. Je suis enceinte, mais je sais que tout va s’arrêter.

Cette fin de grossesse a été extrêmement compliquée à vivre. Je vivais des montagnes russes. J’étais anéantie, je ne voulais plus sortir de peur de croiser une connaissance qui allait me féliciter en voyant mon ventre. 


Quelques semaines plus tard, j’accouche, comme n’importe quelle femme. Je suis dans une salle de naissance, on me pose une péridurale, j’ai une sage-femme près de moi.

Sauf que… notre bébé naît sans pousser un seul cri. C’est une naissance silencieuse. Nous avons eu la chance, mon mari et moi, d’avoir été extrêmement bien accompagnés dans cette épreuve.

Avant que j’accouche, la sage-femme nous avait demandé si nous avions envie de rencontrer notre fille, si nous voulions lui donner un prénom, si nous avions prévu des vêtements pour elles. Nous étions conscients que si c’était trop dur pour nous de la voir sur le moment, nous pourrions la voir quelques heures plus tard, ou faire le choix de ne pas la voir. Nous savions également que des photos d’elle seraient réalisées et que, si nous ne souhaitions pas les récupérer juste après mon accouchement, nous pourrions les avoir ensuite à n’importe quel moment, même plusieurs années après.

Je me sentais en sécurité, protégée, entourée de bienveillance. Ce jour-là, nous avons rencontré notre fille, l’avons tenue dans nos bras, nous lui avons parlé. Malgré la tristesse et les larmes, je l’avais contre moi et c’est tout ce qui comptait.


Lorsque je suis rentrée chez moi, tout me paraissait absurde. Mon ventre avait quasiment disparu mais mes kilos de grossesse étaient toujours là. J’avais mal à la poitrine. Et il y avait cette douleur, qui se réveillait parfois, dans le bas du dos, là où avait été posée la péridurale. Ça a duré pendant des semaines et elle a mis beaucoup de temps à disparaître. Comme si j’avais une ecchymose. Il n’y avait pourtant rien.

C’est surtout mon esprit qui souffrait énormément. Ce bleu que je ressentais dans le bas de mon dos, il était sur mon cœur, blessé pour toujours. Et surtout, mes bras étaient vides. J’étais mère sans en avoir les « attributs » les plus visibles.

J’étais en congé maternité, mais mon bébé n’était pas avec moi.


Pour nous aider à aller un peu mieux, nous avons eu la chance de pouvoir organiser plusieurs  voyages.

En Italie, en Ecosse, au Japon. Les programmer m’a aidée à me vider la tête et à me projeter dans cet espace temps si singulier : un espace temps durant lequel nous aurions dû avoir un petit bébé avec nous mais dans lequel nous étions seuls, tous les deux.

C’est pour cela qu’on dit souvent que le deuil périnatal est un deuil de l’avenir : il n’y aura pas de printemps, d’été, d’automne, d’hiver avec elle. Pas de vacances, pas de nuits blanches, pas de sorties en forêt, pas de premiers pas, pas de rires, pas de pleurs. Rien. D’elle, il me reste un gilet que je lui avais tricoté, la liste avec nos prénoms favoris, son bonnet, son bracelet de naissance avec son magnifique prénom, des empreintes de ses pieds, ses photos. Et puis les souvenirs et ces projections que j’ai nourries, durant ma grossesse. C’est peu, mais c’est déjà beaucoup. 


Presque trois ans plus tard, j’ai décidé qu’il était temps pour moi de sensibiliser au deuil périnatal, d'aider à ma manière les personnes qui y sont confrontées et d’informer celles et ceux qui n’ont pas vécu ce cataclysme mais qui ont à cœur de soutenir un·e proche qui a perdu un bébé.

En septembre 2020, j’ai donc lancé Au Revoir Podcast. Plusieurs fois par mois, je raconte notamment l’histoire d’une femme ou d’un homme qui a dû faire le deuil de son bébé.

C’est l’histoire de Julie, de Chloé, de Yannick, de Pauline, de Marie-Clémence, d’Aurélien, par exemple. Leurs parcours, cela pourrait être celui de votre mère, votre sœur, de votre meilleur ami et de sa compagne ou de votre cousine et de son épouse.

Vous ne le savez peut-être pas tant le tabou est encore énorme, mais il y a forcément une personne de votre entourage qui a vécu une fausse-couche au premier trimestre de sa grossesse ou qui a perdu un bébé plus tardivement ou quelque temps après sa naissance. De ces histoires transparaissent de multiples émotions : de la tristesse, de la colère.

Mais il y a aussi beaucoup d’amour. 



Sophie de Chivré

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