Être adoptée, par Apolline.

Hello 🐋 Moi c’est Apolline, j’ai 27 ans, et je vais vous partager, le temps d’un article, un pan de mon expérience de personne adoptée. Je prends souvent ma plume pour porter la voix des autres en quête de sens sur l’espace public. J’ai récemment aménagé mon « chez moi » numérique sur instagram. J’y partage des fragments de réflexions sur l’adoption, les questions identitaires qu’elle a pu soulever, et quelques témoignages de celles et ceux qui le souhaitent.

« Vous vous ressemblez tellement »

J’adore entendre cette phrase. Elle me fait rire. Souvent prononcée par nos ami·es, elle me ramène à mon héritage familial. Mes expressions, mon amour pour la lecture et la Bretagne : tout est le fruit de multiples transmissions inter-générationelles dont je suis l’aboutissement.

Pourtant, une fois hors de notre cercle proche, je sens quelque fois le regard extérieur changer. Se faire plus scrutateur. En voyage, on nous obverse longuement, on se retourne aussi quelque fois ; intriguée·s de voir le joyeux camaïeu familial que nous formons. Je pense que c’est à ce moment là que j’ai commencé à intégrer que ce qui pour moi constituait une norme ne l’était pas pour tous·tes. Plus jeune – et naïve –, je pensais avoir compris cey que les autres n’avaient pas eu le privilège de discuter avec leurs parents : l’origine des enfants. Je me souviens encore avoir expliqué autour de moi comment les enfants venaient à leur famille. Par avion.

Plus jeune – et naïve –, je pensais avoir compris ce que les autres n’avaient pas eu le privilège de discuter avec leurs parents : l’origine des enfants. Je me souviens encore avoir expliqué autour de moi comment les enfants venaient à leur famille. Car dans notre fratrie, nous sommes tous adopté·es de pays différents.

« On peut tout imaginer mais on ne peut pas savoir »

Cette phrase, c’est un peu notre devise. Pour les parents et les enfants. Eux pour leur descendance, et nous pour notre ascendance biologique.

Sur mon compte, je parle souvent des incertitudes avec lesquelles j’ai dû apprendre à vivre concernant « ma vie d’avant » – bien que celle-ci n’ait duré que quelques jours.

Chacun·e adopté·e composant avec son passé et son futur. Le jour où mon frère me l’a dit, j’ai compris que cette brèche resterait, peu importe combien j’essaierai de la combler. Le mieux était donc de l’accepter.

Je ne connaîtrais jamais ceux qui m’ont mise au monde. Pendant longtemps je n’avais de mon pays qu’un aperçu géographique. Purement théorique. Doublé des albums photos présentant les visages des personnes qui ont contribué – d’une façon ou d’une autre – à faire de moi la fille de mes parents. À mes 10 ans, nous avons traversé l’hémisphère pour retourner sur les traces de mon histoire et tisser ensemble le fil de mon patchwork. Remonter le fil d’Ariane pour tenter de défaire les nœuds du labyrinthe identitaire. Retourner en famille sur les lieux de ma naissance m’a aidé à visualiser sinon d’où je venais, mais sur quelles bases je me construisait.J’avais déjà quelques éléments à disposition, mais ce voyage a été le connecteur. À eux seuls, mes prénoms portent déjà en eux des fragments de cette histoire. Remercient, à leur manière, les personnes qui ont contribué à faire de moi la fille de mes parents.

Plus tard, une fois le reste de la fratrie devenue plus grande nous avons aussi effectué pour chacun d’eux·elles ce même voyage. Ce (re)tour aux sources.

Uni·es par la même histoire

Aujourd’hui je me dis que nos vies sont comme des patchworks. Il n’appartient qu’à nous de lier ces carrés par le récit et la parole. Je mesure la chance d’avoir une famille où l’adoption est une richesse. Où cet évènement fondateur est raconté, encore et encore, pour que nous puissions nous l’approprier. Je ne dirais pas que le brouillard originel s’est éclairci. J’ai simplement décidé d’en sortir pour me concentrer sur ce que j’ai aujourd’hui une famille avec ses rires, ses hauts et ses bas.

Ce patchwork est une force que j’arbore fièrement. J’ai conscience que ces questions d’appartenance, de recherche identitaire, d’envie de se trouver sous-tendent les projets que je développe et aime à accompagner dans mon travail.

Des comptes que je suis :

  • Cœurs de Pommes pour un shot de bonnes vibes sur le sujet de l’adoption mêlé à un partage d’expérience
  • Amandine Gay qui co-organise avec le Mais Social Club le mois des adopté·e·s
  • Moi fille d’immigrés sur Instagram qui nous partage son quotidien de transclasse et Française transfuge

Apolline

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